Chez Colissimo
et à la Poste,
colis "volé" se dit
colis "perdu" ?




Une grande offensive médiatique conjointe entre la Poste,
qui promet plus de guichets pour le retraits et dépôt des colis, et Colissimo qui lui, prétend offrir plus de flexibilité aux acheteurs du net, avec son nouveau service "So Colissimo" pour récupérer leur colis est actuellement en cours sur tous les medias, télé, radio, magazines.

La période des fêtes arrive bientôt avec en ligne de mire une progression constante des envois postaux, plus de 1,5 million par jour en décembre 2009, selon La Tribune, notamment en provenance des sites de ventes en ligne.
Plus qu'hier et bien moins que demain.

Mort de rire | Humour | Rencontre | photos © 2017 |

Cette opération séduction est donc plus qu'opportune.

A l'heure où l'on parle beaucoup de la privatisation de la Poste, il semble évident que celle-ci est pourtant déjà bien engagée, par la séparation Poste et Coliposte, ensuite par la sous-traitance à laquelle Coliposte fait appel de plus en plus pour faire face à ces augmentations de trafic.
Sous traitance visiblement pas toujours qualifiée, ni contrôlée suffisamment.

Manque de personnel, manque de formation, absentéisme
(dénoncés notamment par l'UNSA Postes) : nombreuses sont les raisons qui occasionnent une baisse notable de la qualité et du sérieux du service postal.

Et il s'agit d'une vraie omerta sur les chiffres, difficiles à obtenir, quant aux disparitions et vols de colis, aux mauvaises habitudes de certains livreurs, ou à la dégradation du service rendu

Récemment, un colis, envoyé en suivi postal (donc avec code barre tatoué dessus), avec assurance et envoyé par un compte professionnel de Colissimo ne m'est finalement jamais arrivé.

Ce colis, qui contenait un objet à la valeur sentimentale importante mais à la valeur numéraire moindre ne pourra jamais m'être remplacé, et cette mésaventure m'aura appris certaines choses.


Déjà, qu'à la Poste c'était comme dans la politique, il y avait le "officiel" et le "off",
que d'un côté, on vous confiait qu'en réalité votre colis n'était pas perdu, mais qu'il avait été sans doute "volé,
en compagnie d'un sac complet remplis d'autres colis par sans doute un sous-traitant malhonnête",
tandis qu' "officiellement" votre colis ne reste "qu'égaré" et que non seulement "on vous assure d'être désolé,
mais, rassurez-vous hein, une enquête est en cours",
(dont en off on m'a assuré que je n'aurais jamais les aboutissants, bien sûr).

Ensuite que c'était un véritable parcours du combattant pour obtenir un être humain véritable au bout du fil.
Laisser une réclamation qui viendra grossir le rang des milliers d'autres sur le net est facile,
obtenir un véritable Monsieur X ou Madame Y est carrément plus ardu, voire impossible.

Et enfin que tout le monde se rejette la balle joyeusement, c'est pas ma faute c'est la faute à ma sœur.
Un coup c'est le bureau de poste, après c'est le centre de tri, finalement
c'est peut être le Colissimo, ah ben non, c'est le sous traitant.

Au final, pas de responsable, un colis "perdu", et zéro explication.
Entre le remboursement ridicule, et l'absence d'explication sur comment un colis traçable et normalement contrôlé plus que les autres, a pu "disparaître" avec ses petits camarades entre un domicile, un bureau de poste et un centre de tri sans que personne ne puisse donner le début d'un pourquoi du comment, c'est bienvenue dans le monde merveilleux de la Poste d'aujourd'hui.

Quels sont les chiffres exacts des vols de colis, ou plutôt de "pertes" comme préfèrent l'intituler la Poste ? Certains, comme UFC Que Choisir et Capital, avançaient le chiffre de 1,5 million de colis perdus chaque année pour 263 millions de paquets envoyés, en 2008, mais la Poste se refusait de toutes manières à le confirmer.

Dérisoire certes, au regard du volume traité par Coliposte.
Certains centres de tris tel celui de Villeneuve la Garenne, ou de celui de Saint Ouen sont même désignés comme "champions" de la disparition, et des témoignages en tous genres, du colis soit disant livré mais jamais arrivé, au livreur qui signe à la place du client pour lui éviter de monter les escaliers, et dépose le paquet sur le haut des boites aux lettres, au colis arrivé vide, mais boite fermée, ou de paquet rafistolé au contenu détérioré sont très faciles à trouver.

Ce qui semble plus évident, c'est que la Poste préfère encore tabler sur le remboursement, parfois ridicule, des colis disparus, quand ce dernier est même demandé que sur le renforcement des contrôles et la qualité de ses prestations.
Car l'ironie de l'histoire est que c'est à l'expéditeur de réclamer l'indemnisation, non pas à celui qui n'a jamais reçu son colis.
De là, on peut se poser la question de savoir sur 100 colis "perdus", combien feront vraiment l'objet d'une plainte ? Quand certaines sociétés sont de toutes manières assurées et incluent ces chiffres de disparitions dans leurs prévisions.
70% 80% 90% ? Combien de pertes, ou vols passent ainsi à l'as ?

Même en cas d'indemnisation, à moins d'avoir souscrit une assurance, le montant est tellement ridicule qu'il est évident que c'est plus intéressant pour la Poste et Coliposte de payer un peu que de faire vraiment le nécessaire pour que le service vendu soit irréprochable.

La facture est en fait payée par les sites de ventes en ligne, comme Price Minister qui estimait le préjudice du aux pertes de colis à 0.4% de son chiffre d'affaires... en 2005 ! Sans parler de l'image de marque de ces mêmes sites qui en prend un sérieux coup sur la cafetière.

D'ailleurs, quand la Poste elle-même conseille aux sites de e-commerce de rendre anonymes ou discrets leurs envois, n'est ce pas là un constat d'échec ? Un cataplasme sur une jambe de bois ?

Comme dans ces aéroports où l'on vous vend (cher) l'emballage au cellophane de vos valises dont ils sont pourtant supposés vous garantir le transport en toute sécurité ?
La Poste aura beau mettre en avant "la déontologie" de ses employés, affirmant leur faire prêter serment, ce qu'elle oublie de préciser, c'est qu'elle fait de plus en plus appel à des sous-traitants privés, moins chers, plus flexibles, avec des employés mal payés, et qui pourraient donc être tentés.
La privatisation est en marche.

Mais officiellement, qu'on soit bien d'accord, un colis sera, pour Colissimo et la Poste, toujours "perdu", faut surtout pas dire "volé".

Surtout à l'approche de Noël.



Ségolène Lune Accueil
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